La Mésopotamie ou « le pays entre les deux fleuves » est un royaume dont l’origine remonte à -4000 av JC. Géographiquement, on parle de la zone entre les fleuves Tigre et Euphrate qui prennent source dans les monts d’Arménie. Ces deux fleuves descendent vers le sud du golfe persique en croisant la vallée des monts de Zagros rendant toute la zone fertile et habitable. Deux peuples s’y installent, les Akkadiens arrivent par le nord tandis que les Sumériens viennent du sud. Et c’est le mélange de ces deux peuples qui forment toute la richesse de la Mésopotamie. En réalité, cette civilisation, qui a été une des plus riches et des plus prospères n’a été re découverte qu’au milieu du 19e siècle (alors que la Bible fait régulièrement référence à Babylone, une des villes états les plus célèbre de Mésopotamie). On pourrait se poser la question de comment une civilisation qui a eu un tel essor a pu retomber dans l’oubli pendant presque 20 siècles. Mais il m’a semblé plus judicieux d’étudier d’abord comment la position privilégiée de la Mésopotamie a largement contribué à son expansion. Nous verrons comment et pourquoi des citées états mésopotamiennes extrêmement prospères ont attiré les intellectuels les plus brillants de leur temps. Et enfin, nous verrons comment la position stratégique de la Mésopotamie, qui a été son cadeau des dieux, a également suscité la convoitise de ses voisins ambitieux et belliqueux.
Les deux fleuves Tigre (au nord) et Euphrate (au sud) coulent depuis l’Arménie vers le golfe persique. Mais en – 4000 av JC, les eaux du golfe n’avaient pas le même niveau qu’actuellement, ainsi, à l’embouchure, à l’ouest des monts de Zagros, les inondations peuvent subvenir parfois (il semblerait que le mythe de l’arche de Noé se déroulerait dans cette partie du monde). Toute la zone est donc parcourue par des cours d’eau, rendant le sol fertile (alors qu’il est à la base argileux), riche et facilement cultivable. C’est ce qu’on appellera le croissant fertile ; nom justement donné. Les Sumériens et les Akkadiens qui s’y installent développent rapidement des techniques pour tirer profit des eaux. Des systèmes d’irrigations sont inventés, des digues, des canaux. On dompte les fleuves nourriciers, on s’approprie leur force même si pour la population, vivre près du lit des fleuves est une source d’angoisse légitime.
Le fait d’utiliser l’eau des fleuves comme moyen d’irrigation a permis de développer une économie agricole prospère. On observe une évolution du mode de vie. On passe d’un mode « chasseur cueilleur » à une sédentarisation (-7000 av JC) de la population locale. Des traces de vaisselle en terre cuite (d’abord modelées à la main, puis en utilisant des tours ; ce qui montre clairement une amélioration continue des techniques) ont été retrouvées témoignant de cette révolution néolithique (jusqu’à -4000 av JC). Néanmoins, toutes les régions de ce qui va devenir la Mésopotamie développent des techniques et des cultures différentes. Ces techniques (céramique, usage de la brique crue moulée, etc) et ce savoir-faire finira par se diffuser dans tout le Moyen-Orient.
L’artisanat apparait, le travail de l’ivoire, du cuivre, la métallurgie fait ses premiers pas. Le commerce commence à poser les bases de ce qui deviendra une des principales plaques tournantes mercantile de tout le Moyen-Orient (dans la province d’Eridu, au sud de la Mésopotamie). On remarque que les Akkadiens sont plus nombreux et réussissent à imposer leur langue officielle, ce qui facilite la communication et le commerce. Néanmoins, le sumérien restera la langue des intellectuels durant des siècles (écriture cunéiforme). La révolution urbaine commence. En fait, l’organisation liée à la sédentarisation d’un peuple conduit à une certaine hiérarchisation des rôles et responsabilités au sein de la communauté. C’est l’apparition de chef (plus ou moins important) mais aussi de villages de plus en plus structurés.
Ainsi, la Mésopotamie s’organise et prend conscience de sa position privilégiée et de ses atouts. De nombreuses inventions bouleversent le monde comme la roue, l’écriture et permettent aux hommes de circuler plus facilement mais aussi de structurer leur communauté. C’est l’ère des citées états.
Tout au long des deux fleuves Tigre et Euphrate, on voit l’émergence d’une douzaine de citées états telles que Kis, Lagas, Ur et surtout Uruk la ville de Gilgamesh. Chaque citée état est composée d’une ou de plusieurs villes principales, des bourgs environnants et de sa « banlieue » immédiate. Elle est gouvernée de façon indépendante par un roi et protégée par une armée. Et souvent, les relations avec ses voisins alternent entre alliance et guerre. Les premiers systèmes de défense telles que les murailles et fortifications sont développés afin de garantir la sécurité de la ville mais aussi la préservation des richesses amassées. En revanche, le commerce prospère. La production agricole locale sert à répondre aux besoins immédiats de la citée et au fur et à mesure que cette dernière grandit, les besoins s’accroissent. Fort heureusement, grâce à son agriculture irriguée, les stocks de grain ne manquent pas ; au contraire, on peut même se permettre le luxe d’en exporter. Ainsi, le commerce local cohabite avec le commerce à moyen distance. Mais grâce à l’ouverture de voies maritimes partants des ports du golfe persique, un commerce international se met en place sous la direction du palais ou du temple. Des navires sont armés et tout en contribuant à la création des réseaux fluviaux et marins, ce commerce dynamise le système bancaire. Les armateurs peuvent même avoir recours aux investissements privés et promettent des dividendes. Les marchands, désormais organisés en confédération ou guilde, vont de plus en plus loin et font des bénéfices conséquents (lorsqu’ils rentrent au port).
La prospérité et la sécurité des citées états attirent immanquablement des intellectuels de toutes les disciplines. Les mathématiques (système de numérotation complexe), les sciences ou la médecine se développent dans un contexte favorable. L’écriture et la roue sont parmi les plus grandes inventions de cette période mais on peut aussi citer les premiers textes de lois, les traités d’astronomie (calendrier lunaire) et surtout le premier roman de l’humanité « l’épopée de Gilgamesh » ; formidable poème écrit sur plus de 3000 vers dont le récit presque complet nous est parvenu au travers des siècles. La Mésopotamie concentre et favorise les grandes avancées. La structure des villes s’en ressent. On construit mieux, on pense un urbanisme utile et efficace (les chaussées sont absorbantes et drainent l’eau, les maisons sont construites sur pilotis). Les temples et les ziggurats sont construits au cœur des villes. Ces temples, érigées à la gloire de la divinité titulaire de la ville, sont des édifices très importants qui jouent le rôle de coffre-fort (butin de guerre, séquestre des dividendes à reverser en cas d’investissement frutueux) mais aussi grenier à grain. Ils sont au centre de l’activité commerciale et religieuse (les ziggurats comportaient initialement 7 niveaux représentant les 7 astres connus) de la ville. Bien évidemment, ils sont également bien gardés.
Mais si la Mésopotamie peut exporter ses productions, elle en importe aussi un certain nombre. Le bois ou la roche par exemple. Etrangement, cette contrée en est dépourvue. Aussi, le cèdre est importé du Liban (on l’apprend dans la tablette V de l’épopée de Gilgamesh lorsque celui-ci se propose de couper un cèdre afin d’en faire un linteau pour un temple à la gloire d’Enlil). Les pierres diorites servant à la sculpture des statues royales viennent d’Arabie, le calcaire vient de Taurus (Turquie actuelle), l’albâtre vient également de Turquie ou d’Egypte. Les métaux manquent également aux Mésopotamiens. On se fournit donc en cuivre et en fer grâce à l’Iran, Afghanistan. L’essor de la métallurgie à des fins militaires ou agricoles forcent les Mésopotamiens à trouver constamment de nouveaux circuits d’approvisionnement en minerais ; ils sont, à un certain niveau, cruellement dépendants.
La Mésopotamie dispose d’atouts considérables et ne manque pas de d’intelligence pour en tirer profit. Mais elle attise également de la convoitise de grands conquérants comme Sargon, Hammurabi, Assurbanipal ; tous tournent leur ambition vers ce territoire stratégiquement et commercialement tellement séduisant. Sargon, le premier, bouleversera les cités états et poussera la Mésopotamie vers une nouvelle forme d’organisation ; l’état, tout simplement.
Un roi du nom de Sargon du pays d’Akkad commence la conquête du pays de Sumer en -2300 av JC. Il profite de l’instabilité et de la rivalité permanente des citées états pour les soumettre (en commençant par Uruk) et les fédérer sous une seule et même autorité ; la sienne. C’est le début d’une nouvelle forme de gouvernement au Moyen-Orient, l’état. C’est la première fois de toute son histoire qu’on ne parle plus d’empire mais d’état. L’unification s’est néanmoins faite par la force. La religion et le panthéon est également « unifiée ». La volonté de fédération des citées états ne survivra pas à Sargon et sa lignée. Peu à peu, les citées états reprendront leur indépendance, mais les bases sont déjà posées.
300 ans plus tard, depuis la modeste Babylone (qui n’est pas encore la citée mythique qu’elle deviendra), un roi amorrite du nom d’Hammurabi recommence la même stratégie mais en centrant son empire vers Babylone, qui en devient une capitale. Summer et Akkad sont conquis, ainsi que ien d’autres contrées. Ses capacités de conquérant (alliances militaires plus ou moins honorées) donnent à toute la Mésopotamie une envergure qui va depuis le golfe persique jusqu’à la Méditerranée. Hammurabi fait de Babylone l’épicentre de la Mésopotamie qui est gouvernée de façon homogène pendant presqu’un demi-siècle. Même sur le plan religieux, le culte de Marduk contribue à une certaine uniformité au sein de la population. Hammurabi a réellement fait entrer Babylone et la Mésopotamie dans l’immortalité et la stabilité.
Pendant presque 1000 ans, les rois successifs ont gardé en tête l’unification de la Mésopotamie. On peut raisonnablement imaginer que c’était la seule solution de conserver une indépendance face à des voisins belliqueux comme les Assyriens et leur armée mobile et moderne. Assurbanipal, Nabuchodonosor mais aussi Alexandre le grand ; tous ces conquérants ont tous contribué à conserver l’unité de la Mésopotamie et Babylone sa capitale.
La Mésopotamie a réellement eu une histoire ponctuée de conflits, d’alliance, de formidables découvertes et d’avancées technologiques, sociales, religieuses sans équivalent. Super puissance parmi d’autres super puissances, la Mésopotamie a su tirer profit de sa position géographique comme un cadeau des dieux pour entrer dans l’histoire. Mais rien n’a été laissé au hasard. Chaque détail est pensé, réfléchi. L’urbanisme, le commerce, le droit, la médecine ; toutes les composantes qui ont permis l’évolution culturelle d’un peuple nomade vers un peuple sédentaire. La Mésopotamie a réellement su tirer le meilleur des deux fleuves dont elle porte fièrement l’héritage.
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