2.11.21

Explication de texte, la bataille de Poitiers

 

                                                                               Ce texte de trente et une lignes a été écrit par Matteo Villani, historien italien du XIIe dans le cadre des « Chroniques » ou Nuova Cronica. Nous pouvons le dater après la bataille de Poitiers (1356) et avant 1363, date du décès de l’auteur. Ce texte a été repris et traduit (l’extrait présenté est en français) ensuite par différents auteurs beaucoup plus contemporains, sous forme de source indirecte, tels que J. Calmette, JJ Gruber, E. Carpentier et JP Arrignon. Le texte relate le tournant décisif de la bataille de Poitiers ; le moment fatidique où le Roi de France Jean II dit « Le bon », encerclé par les troupes de Édouard de Woodstock, prince de Galles et fils ainé du Roi d’Angleterre, concéda la victoire et se porta captif avec son fils, le futur Philippe le hardi. La bataille de Poitiers est un point culminant du conflit opposant la France et son vassal renégat, l’Angleterre dans le conflit de « la guerre de cent ans ». La défaite de la bataille de Poitiers, qui fait suite à la bataille de Crécy survenu huit ans auparavant augure d’importantes répercussions que nous verrons successivement. D’abord financières, en la matière de rançons royales, territoriales avec l’impact sur les territoires français cédés aux anglais et enfin politiques montrant les différences fondamentales entre les dynasties Plantagenets et Valois.

L’issue de la bataille de Poitiers est la capture de Jean II et de son fils Philippe [ligne 26 à 28]. Edouard III, roi d’Angleterre exigera une somme faramineuse comme rançon pour libérer de si précieux otages. On parle d’une somme de près de trois millions d’écus. Cette rançon survient à un moment où les finances sont au plus bas. Et même si le sacrifice sur le champ de bataille de Jean suscite le respect de tous, personne en France n’a envie de payer une telle somme. C’est donc un mouvement de mécontentement qui enfle dans les rues de Paris.

Même si la rançon de Jean II est exorbitante, elle lui permet néanmoins pour lui de conserver la couronne de France. Edouard III d’Angleterre exigera tout de même l’annexion de territoires conséquents qui lui permet de contrôler tout le sud-ouest de la France. Ironiquement, ce sont les territoires où la chevauché de son fils le prince noir a fait quelques dégâts mémorables [ligne30 à 31]. La France perd donc une partie de son accès vers la mer et les ports commerciaux de l’océan atlantique.

Avant les batailles de Crécy et de Poitiers, la dynastie des Valois n’est pas bien perçue dans sa légitimité sur le trône de France. Les actes héroïques de Jean II qui se révèle meneur d’homme [Ligne 8], guerrier intrépide [ligne 18 à 19] et d’un courage sans faille même devant une défaite certaine [Ligne 17] tendent à redorer le blason. Le courage du jeune Philippe (à peine 14 ans), refusant d’abandonner son père cerclé par les épées anglaises [Ligne 23 et 24] gagna ce jour-là son surnom du « hardi ». Villani ne conteste nullement la bravoure de Jean, mais de son entourage proche comme de son armée [Ligne 2]. On sait que l’armée française avait recours à des guerriers mercenaires qu’il fallait payer alors que les troupes anglaises sont soldées. Sans doute cette différence s’est révélée cruciale dans son allégeance au moment où le sort de la bataille se jouait [Ligne 4]. Villani esquisse brièvement (sans doute ne les connaissait-il pas) les différences entre les stratégies militaires [Ligne 6]. Jean II est décrit comme combattant à pied mais on sait à présent que les archers anglais, munis de leur long bow avaient eu raison des chevaux français non cuirassés. Ce qui força les troupes françaises à abandonner leurs montures et combattre à pied, annihilant ainsi l’avantage de la cavalerie française. Villani explique que le prince noir utilise à son avantage cette évolution de l’art de la guerre [Ligne 9 à 10], tandis que les français sont encore restés sur le modèle de la charge de cavalerie menée par les chevaliers sans tenir compte de la piétaille. Les capacités d’adaptation ont été la clef de la victoire anglaise même si le courage était du côté des français [Ligne 10 à 13].

                                                                               Ainsi la bataille de Poitiers marque le début d’une période sombre pour la France. Cette dernière peine fortement à payer la rançon de Jean II, estimée à trois millions d’écus d’or. Edouard III, roi d’Angleterre en profite pour dépouiller la France de quasiment tout le sud-ouest du territoire (le bassin d’Aquitaine et tous les ports permettant un trafic commercial florissant pour le vin.). Malgré l’acte de bravoure indéniable du souverain captif, la dynastie des Valois est fortement malmenée. En outre, le cousin de Jean II, Charles II « le mauvais » en qui l’on avait placé les espoirs d’un souverain capable de protéger les intérêts français en l’absence de Jean s’est avéré comploteur avec les Anglais. On remarquera que Villani concède le caractère héroïque de Jean II ; même s’il tourne en dérision le manque de courage du frère de ce dernier (le duc d’Alençon), qui « s’était enfui par peur sans donner ni recevoir de coup » [ligne3]. Villani par contre, encense la valeur guerrière d’Edouard, le Prince noir, qu’il qualifie de « valeureux ». On peut se questionner sur  l’objectivité de Villani en tant qu’historien et surtout rédacteur de cette chronique. Sans doute ne pouvait-il pas se douter que cette bataille ne serait que le début de la guerre entre les Plantagenets et les Valois et qu’elle perdurerait encore bien cent ans. Le document est intéressant car il montre que les contemporains, même s’ils ne sont touchés que de façon très éloigné comprennent les enjeux de pouvoir et « misent » déjà sur les vainqueurs. Malheureusement, ils n’ont pas la vision globale de l’impact des différences entre de technologies militaires (utilisation des long bow anglais, charge de cavalerie mal ou peu utilisée, début des armes à poudre, topographie des terrains de bataille).

 

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