2.11.21

Humanisme et décloisonnement des disciplines à la Renaissance

 

                                                               La Renaissance peut désigner à la fois un courant artistique et une période, nous conviendrons ici du 14e et 15e siècle et généralement de l’Europe occidentale. A partir des années 1300, en Italie et sous l’impulsion de l’érudit Pétraque (1304-1374), la pensée humaniste voit le jour. L’idée de redonner aux textes anciens davantage de laïcité en proposant une vision optimiste de l’homme et de sa place dans l’univers est séduisante. On cherche à revenir aux textes classiques en privilégiant la pureté des écrits originaux. Ainsi, les langues telles que le latin, le grec et l’hébreu sont ardemment étudiées. Mais c’est un mouvement de fond, un véritable élan intellectuel, artistique, littéraire qui entraine dans son sillage bon nombre d’artistes, érudits et hommes de savoir contemporains. La problématique est donc de comprendre les relations et les rapports entre humanisme et les conséquences, répercutions, évolutions des disciplines à lors étudiées. Dans un premier temps, nous retracerons l’évolution des rapports entre humanisme avec la façon d’aborder les disciplines. Ensuite, nous détaillerons comment ces disciplines ont évolué, comment de nouvelles se sont apparues, comment d’anciennes ont été remises au goût du jour. Et enfin, nous verrons les difficultés et les obstacles survenus dans l’évolution de ces rapports.

 

                Un des fondements de l’humanisme est le retour aux sources. A savoir l’étude de la littérature antique idéalement en latin, grec et hébreu. On cherche à retrouver la pureté du texte initial. Mais au-delà du fait que l’on cherche à imiter l’antique, on prône également la curiosité scientifique. Comment ? En abandonnant la vision médiévale de la place centrale de Dieu dans les écrits au profit de l’anthropocentrisme. Donc, remettre l’homme à la position qu’il mérite, c’est-à-dire au centre de la réflexion. Pic de la Mirandole (1494) explique que l’homme, car il est entre le terrestre et le divin, a le pouvoir de choisir sa vie. Cette notion de libre arbitre est nouvelle. Bien entendu, il ne s’agit pas de rejeter en masse le savoir des penseurs et intellectuels passés, mais il faut le prendre avec circonspection en le considérant comme incomplet et propice à l’amélioration. Ainsi, au fur et à mesure que l’humanisme se propage activement en Europe (notamment grâce à l’imprimerie), les disciplines scientifiques, littéraires, artistiques étudiées et pratiquées se voient contraintes d’évoluer également. Elles se remettent en question. Elles trouvent de nouvelles voies d’évolution cherchant à structurer leur méthodologie de travail. Mabillon propose une méthode critique de l’histoire avec comme base des sources vérifiables. Le travail sur les sources historiques est une des représentations de la spécialisation et l’évolution des disciplines.

                Mais bien d’autres disciplines évoluent au contact de l’humanisme. On cite le cas de l’imprimerie. Cette technique de produire en masse des livres a été le principal moyen pour l’humanisme de propager rapidement ses pensées de par l’Europe. Bien sûr, l’imprimerie existait déjà bien avant la naissance de Pétraque, mais c’est grâce à elle que les idées et la pensée humaniste a pu se rendre accessible, et à faible coût, à un public plus large. A cela, il faut compter sur les traductions des livres. Désormais, il est possible de lire des livres dans sa langue et non plus forcément en latin, grec ou hébreu. L’information et la connaissance deviennent accessibles. Mais d’autres disciplines évoluent de concert. Par exemple les arts comme le dessin (le dessin de nue), la peinture avec l’apparition de portraits, de paysages, la sculpture avec le souci de la justesse et le réalisme dans la représentation. On cherche à être le plus proche possible de la vérité. L’utilisation de nouvelles techniques de peinture (peinture à huile) avec des couleurs sans cesse plus proche de la nature, plus vraies. Ces nouvelles techniques engendrent de nouvelles écoles de peintures. Les sciences humaines aussi en bénéficient, avec l’anatomie surtout. C’est une véritable rupture avec la pensée médiévale. Car si cette dernière avait des connaissances en matière de sciences, elle ne tenait pas compte des différenciations (et donc des spécificités). On voit apparaitre le début des classifications. En matière d’architecture, on recherche la notion d’équilibre et d’harmonie entre la solidité, l’utilité et la beauté. L’utilisation de la perspective est nouvelle et donne naissance au dessin technique puis à de nouvelles disciplines comme l’architecture.

                Mais si l’humanisme a généré un formidable courant novateur dans bien des domaines, dans d’autres, des difficultés apparaissent. Au niveau de l’éducation surtout, qui est pourtant une des pierres angulaires de l’humanisme ; à savoir qu’on ne nait pas homme, mais on le devient grâce à l’éducation. L’humanisme se heurte à la tradition médiévale qui prône l’obéissance absolue sous peine de châtiments corporels. Alors que l’humanisme propose une éducation basée sur le désir d’apprendre (et non la peur de l’enseignant). Il en résulte de profondes difficultés à distiller les idées humanistes au sein d’institutions séculaires comme les universités. L’éducation au sein des familles est encore relativement étanche à la pensée humaniste et reste empreint de tradition médiévale. L’éducation des filles reste essentiellement tournée vers les tâches domestiques, le mariage et la procréation, tandis que les garçons (ceux des familles ayant les moyens financiers) sont destinés à l’apprentissage d’un métier ou l’université. Heureusement, les universités consacrées à l’art sont plus réceptives et tendent à faire évoluer leur cursus. Ce qui n’est malheureusement pas le cas des universités théologiques (Paris ou Louvain) rétives et pour cause de l’anthropocentrisme.

 

                                                               Ainsi, il y a véritablement une relation entre humanisme et le décloisonnement des disciplines étudiées. On a cité la littérature, la peinture, la sculpture, l’architecture, l’anatomie, l’éducation, l’imprimerie. A la fin du 15e siècle, nous voyons donc, du moins en Europe occidentale, une spécialisation dans ces domaines. De nouvelles expertises naissent et se distinguent. Désormais, un peintre portraitiste n’est pas forcément paysagiste (à quelques rares exceptions près comme Léonard de Vinci qui est polymathe). Un imprimeur n’est pas forcément un éditeur ni un traducteur. Les artistes voient ainsi leur travail reconnu différemment et leur condition sociale s’élever. De même que de nouveaux métiers se définissent comme l’architecte, en charge du dessin et du plan que l’on différencie du bâtisseur dont le travail est beaucoup plus manuel, donc moins gratifiant. Ce décloisonnement des disciplines a donc engendré la spécialisation et l’expertise mais aussi l’apparition de nouvelles classes sociales basées sur des compétences acquises et reconnues. On notera que si les compétences manuelles étaient déjà reconnues, à présent, on reconnait les compétences intellectuelles et artistiques. Et ce savoir devient en plus monnayable.

Aucun commentaire: