2.11.21

Les enjeux du consensus de Washington

 

                                                                               A la sortie des deux chocs pétroliers, au début des années 80, le monde et notamment les Etats-Unis se sont rendu compte qu’un changement de modèle économique pouvait être salvateur pour réduire l’influence jugée néfaste et peu productive de l’état providence. En effet, les dépenses fédérales, les charges et le contrôle de l’état sont pointés du doigt et sont désignés comme responsables (totalement ou en partie) du manque de dynamisme des entreprises. Les idées néolibérales se concrétisent dans « le consensus de Washington » en 1989. Le Fond Monétaire International (FMI) l’adopte, Les Etats-Unis de Ronald Reagan, la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher, la France de Nicolas Sarkozy et bien d’autres également. Mais concrètement, on comprend que cette idéologie tend à motiver le marché et mettre l’entreprise au cœur du dispositif de dynamisme économique. Commençons par la définir, puis nous nous poserons la question des enjeux économiques puis sociétaux.

                                                                               La charte du  consensus de Washington (ville où siège le FMI) est décrite par l’économiste John Williamson en 1990. Les principes sont résumés en dix points :

1. Discipline budgétaire : les déficits budgétaires doivent rester exceptionnels et seulement si la situation exige d’être stabilisée. Car sinon, la situation peut évoluer et créer une inflation néfaste et nuire à la productivité.

2. Réorientation des dépenses publiques : seuls les éléments clefs de l’économie d’un pays (l’éducation, la santé publique, les routes etc.)  doivent continuer à bénéficier de budgets publiques.

3. Réforme fiscale : afin de faire rentrer davantage d’argent, les impôts doivent toucher les classes les plus larges de la population mais avec un taux faible.

4. Libéralisation financière : les taux d’intérêts doivent être fixés par le marché et non par une action de l’état providence.

5. Pas de taux de change fixe entre les monnaies.

6. Libéralisation commerciale : les quotas d’importation et d’exportation sont supprimés afin de favoriser le libre-échange.

7. Libre circulation des capitaux.

8. Privatisation des entreprises publiques pour améliorer l’efficacité du marché et favoriser la concurrence.

9. Dérégulation : à l’exception des règles de sécurité, de protection de l’environnement, de protection du consommateur ou de l’investisseur, toutes les règles qui entravent la concurrence, et empêchent les nouveaux compétiteurs d’entrer sur un marché doivent être éliminées. C’est la transition de l’Etat providence vers l’Etat gendarme.

10. Respect des droits de propriété : la propriété doit être légalement sécurisée et sans doute favorisée.

Ces dix points résument les conditions sous lesquelles les Etats-Unis, le FMI, la banque mondiale s’engageraient à porter une assistance aux pays d’Amérique du sud, enlisés dans des crises politiques, sociales et surtout financières au début des années 80. Ces aides sont bien entendu financières.

                                                                              

 

                                                                               Les enjeux du consensus de Washington, au niveau économique sont avant tout de réduire l’influence de l’Etat et aussi des dépenses inhérentes à son fonctionnement jugée trop providentielle. On essaie de remettre l’entreprise au cœur du dispositif économique afin de générer des conditions favorables pour une meilleure compétitivité, une meilleure productivité et ainsi une meilleure rentabilité. En Grande-Bretagne, Margaret Thatcher a ouvert les marchés publics à la concurrence en privatisant les compagnies aériennes, ferroviaires. En France, les gouvernements de Nicolas Sarkozy ont suivi la même stratégie avec France-Télécom et autres fleurons de l’industrie nationale. Cette ouverture à la concurrence (selon l’économiste Adam Smith) devait permettre aux entreprises de donner le meilleur d’elles-mêmes face à une situation où elles seraient sorties de leur zone de confort et protectorat de l’Etat. Paradoxalement, les organes jugés « non productifs » du pays comme l’éducation ou la santé ne bénéficient pas de capitaux supplémentaires provenant de la baisse de l’influence de l’Etat aux entreprises. Et ce manque à gagner devait être compensée par une réforme fiscale visant à toucher davantage de personne mais avec un taux d’imposition plus bas. Aux Etats-Unis, le gouvernement de Reagan a préféré augmenter le budget militaire destiné aux opérations extérieures et initier la guerre contre la drogue en Amérique du Sud plutôt que de capitaliser sur l’éducation et sécuriser l’épargne. L’impact du néolibéralisme commence à se ressentir sur toutes les couches de la société ; au-delà des entreprises.

                                                                               Le néolibéralisme, d’un point de vue social se traduit dans les pays riches (comme les Etats-Unis, l’Europe du nord) par une baisse (ou la suppression) des aides gouvernementales. On privilégie l’entreprenariat et abhorre l’assistanat. On pousse les gens à se responsabiliser et ne plus attendre que l’aide vienne d’un état désormais « gendarme » et plus du tout « providence ». Cette montée en puissance de l’individualisme est largement motivée par la mise en avant de la réussite personnelle. Le « Self made man » est valorisé comme étant la réussite du modèle économique. On affiche de belles voitures, de belles maisons ; toutes payées par des crédits facilement accordés mais dangereusement remboursables. Dans les pays en voie de développement, l’impact de néolibéralisme est catastrophique. La misère s’accentue et l’inflation est galopante, terreau fertile à la montée de la criminalité et le marché noir (tout aussi incontrôlable). Les travailleurs agricoles des pays dépendants d’une économie primaire sont à la merci de prix fluctuants sur des marchés volatiles (#9 de la doctrine du consensus citée). Les licenciements en masse suite aux multiples privatisations laissent des dizaines de milliers de personnes sans ressource.

                                                                               Mais sur le terrain, au niveau des pays en voie de développement, cette doctrine a du mal à être mis en place, à être respectée et à être contrôlée. Non pas que les pays demandeurs d’aide ne l’acceptent pas ; au contraire (à quelques exception près comme l’Argentine). Beaucoup y voient un moyen rapide pour obtenir des capitaux frais. Mais les spécificités (culturel, local, sociale) de chaque pays, de chaque peuple n’entrent pas en compte dans le modèle prévu par John Williamson. De plus, sans doute que le FMI et la banque mondiale n’ont pas fait preuve non plus de beaucoup de souplesse ni d’adaptation. Il en résulte des résultats mitigés, voire non concluants. A l’entrée des années 2000, le monde découvre les limites du modèle néolibérale avec les conséquences de la mondialisation, de la surproduction et de son impact environnemental. Les mentalités changent, à commencer par l’éducation et la prise de conscience du bien être personnel au détriment du « tout pour l’entreprise ». Les nouvelles technologies de l’information émergent et donnent une autre dimension aux enjeux commerciaux mondiaux ; car ce ne sont plus les seulement les capitaux qui circulent librement, ce sont les informations, nouvelle source de richesse et prémisse de l’éclatement de la bulle internet en 2002.

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