2.11.21

Vampire Sitter - chap 1

Comment tout a commencé

Pour dire la vérité, je n’aurais jamais pensé qu’après si longtemps, ma situation aurait été pris un tel tournant. Me voilà assez aisé, relativement connu de la bonne société parisienne, propriétaire d’une charmante maison de ville au cœur de la butte aux cailles. J’ai même ma propre voiture où les vitres teintées ne soulèvent plus aucune question. Les bonnes familles de Paris se pressent devant ma porte, et j’ai le luxe de refuser des clients !

Qu’est-ce que je fais dans la vie ?

C’est simple, j’ai créé avec quelques amis, une agence qui vient à l’aide de parents épuisés, en manque de sommeil à cause de leur rejeton réfractaire au sommeil. Alors, au lieu de se relayer entre maman et papa ; au lieu de quémander de l’aide à la grand-mère à l’autre bout de la ville ; au lieu d’essayer de refreiner son envie de secouer dans tous les sens son enfant ; mon agence intervient ! Moyennant un forfait – onéreux, certes – je vous cajole, distrais, et même parfois endors votre bambin tandis que vous, épuisé, vous vous effondrez dans votre lit. Le matin, le petit déjeuner sera fait et le café odorant emplira la cuisine dès 6h du matin, votre bébé sera calmé et vous reconnaissant en me tendant mes billets de banque.

Comment je fais ?

C’est simple, les personnes de mon espèce supportent assez bien les cris et les pleurs. Nous ne dormons pas la nuit. Et nous avons la capacité à être, disons-le, hermétiques à toutes formes de supplications et caprices. Il est vrai que par le passé, nous avons dû nous cacher dans des caveaux et caves humides, mais les temps ont changé ! Plus personne ne porte des capes doublées de rouge ! Et cette histoire d’ail et d’eau bénite est parfaitement ridicule ! Pour ma part, je ne cherchais qu’à me faire un peu d’argent.

Alors, je me suis installé dans un quartier calme et reculé, près d’une clinique de vétérinaire du 13e arrondissement de Paris. Personne ne remarque la baisse ou la disparition de chiens et chats, surtout si proches de restaurants à la réputation douteuse !

Cette mode de « bourgeois-bohème » a fait exploser les prix de l’immobilier dans mon quartier ! Et j’ai dû trouver un moyen lucratif pour continuer à subvenir à mes « besoins physiologiques particuliers ».  Et un soir, alors que je faisais la queue au supermarché ouvert jusqu’à minuit, j’ai surpris cette conversation. Cette jeune femme était habillée comme si elle venait de sortir du lit, les cheveux ressemblaient à plusieurs de nids de corneille et ses yeux étaient cernés comme si elle n’avait pas dormi depuis des jours. Et c’était justement le cas ! Elle expliquait que cela faisait 48 heures que son bébé était malade, et que ce charmant bambin alternait joyeusement entre crise de vomissement et pleurs. Son mari et elle étaient à la limite de l’irréparable. J’en concluais que son époux devait être en train d’affronter le petit monstre mal luné tandis que son épouse profitait d’une escapade dehors pour reprendre l’air. Et c’est là qu’elle a prononcé la phrase qui allait tout changer.

« Si seulement il existait un… une… sleepsister ! Genre, la personne te garderait ton gosse et toi tu vas dormir 3 jours ! Je donnerai mon bras droit pour que ça existe ! » Disait-elle au vendeur pakistanais qui n’y comprenait goutte, les yeux rivés sur son écran diffusant une comédie musicale colorée. Mon sang n’a fait qu’un tour (si je puis me le permettre), et arborant mon plus beau sourire, je lui ai dit que c’était justement ma profession ! Pourquoi ?? Pourquoi ai-je fait cela ? Avec le recul, je ne saurais répondre. Mais cela m’a paru si évident sur le coup, que j’ai réussi à la convaincre de mon « professionnalisme » et de mon expérience.

Premières expériences

Me voilà lui emboitant le pas, remontant la rue du docteur Tuffier jusqu’à un charmant appartement aussi cher que petit. Je découvris alors la source sonore et larmoyante du guêpier dans lequel je venais de me mettre. Un charmant Timéo, qui du haut de ses 9 mois faisait régner la terreur et l’angoisse sur son royaume de 35 m2. Sa mère expliqua ma présence, mes références (fictives) et mon expérience (encore plus fictives) à son conjoint au moins aussi fatigué qu’elle. Sans même chercher à discuter, ils me proposent 20 euros par heure. Il était minuit et je devais absolument revenir chez moi à 6h. Ce qui me laissait 6h de travail, soit 120 euros ! J’acceptais pour 150 euros. Timéo se retrouva rapidement dans mes bras, ses parents dans leur lit et moi sur le canapé à regarder Netflix. Je peux l’avouer à présent, j’ai triché. Ce que vous appelez « hypnose », moi, je l’appelle « avoir de beaux yeux ». J’ai peut-être un peu usé de « mes beaux yeux » pour endormir Timéo le soprano et convaincre ses parents. Quoi qu’il en soit, ça a fonctionné. Et au-delà de mes espérances en plus !

Les parents de Timéo se sont réveillés juste à temps avant que le soleil ne se lève et que j’abandonne Timéo dans son coufin. J’arrachais des mains mes billets paresseusement gagnés et je filais aussi vite que possible vers mon studio aux volets fermés. J’entendais à peine les « merciii » et les « Et comment on vous recontacte ? », « vous avez un numéro de portable ? une page facebook » ? J’étais déjà dans la rue, le col relevé et la casquette sur la tête. Je venais de gagner 150 euros de façon scandaleusement facile. Même lorsque je dépouillais les cadavres durant la guerre, famine, épidémie, cela ne m’avait pas semblé aussi facile. Et là, c’était plus propre. Et j’ai même rattrapé mon retard dans la saison 6 de « Supernatural » sur Netflix. Je mis les billets dans mon portefeuille et je me mis au lit. La faim ? Effectivement, j’ai volontairement omis de parler de ce « détail ». Mais, j’y reviendrai.