Pour montrer en quoi la femme grecque est un être marginal, définissons d’abord quelques notions. On parle ici de la femme adulte vivant au sein du monde grec, c’est à dire au sein de la civilisation connue et non faisant partie des barbares (ceux qui sont étrangers). Ensuite la marginalité représente cette fine bande entre les règles strictes qui régissent la vie des Grecs et la limite de la civilisation. Cette ligne rouge est très facilement franchissable comme nous allons le voir. Ainsi, la problématique que je propose d’aborder est comment la femme grecque, quoi qu’elle fasse, évolue sur des chemins de vie radicalement différents de ceux de l’homme. Nous verrons d’abord comment la société grecque dicte ses règles aux femmes. Ensuite, nous verrons ce qui se passe et les conséquences pour celles qui transgressent ces règles. Enfin, nous terminerons par le cas particulier des déesses. LE point de vue que nous adopterons sera exclusivement grec ; les mœurs barbares ou les femmes esclaves sont hors scope.
La femme grecque n’a pas le droit de sortir de chez elle. Elle vit dans son gynécée et ce sont ses esclaves, son époux ou ses frères qui sortent pour faire les courses. Elle est chargée de la maison. Toute femme qui serait vue en dehors de sa maison serait forcément une prostituée. Même à l’intérieur de sa maison, elle ne participe pas non plus aux banquets. Toutes les femmes que l’on voit sur les vases ou cratères participants à des banquets sont des prostituées. A noter que ces représentations montrent la nudité masculine et non féminine. Car la beauté doit être montrée, donc l’homme (en particulier le soldat, l’hoplite) est montré nu tandis que la femme reste habillée. La femme n’est donc pas un acteur de la vie au sein de la citée. Elle ne possède rien, elle n’a pas le droit à la parole, ne prend pas part à la vie politique et encore moins militaire. Elle ne défend pas la ville comme le ferait l’homme ; ce qui lui enlève toute possibilité d’actes de bravoure. C’est encore une fois l’apanage des hommes. Son rôle se limite à enfanter et obéir. Rappelons qu’Iphigénie obéit à son père Agamemnon en se sacrifiant pour permettre à la flotte grecque de cingler vers Troie.
Mais qu’en est-il des femmes qui transgressent ces règles ? Clytemnestre, la femme d’Agamemnon prend un amant (elle est donc adultère) et fait assassiner son époux par lui. Elle est donc aussi meurtrière. Au vu de la société grecque, elle est complètement hors des règles. Car si pour Oedipe, le meurtre par vengeance est considéré comme noble, ses meurtres à elle sont vils et dignes d’opprobre. Calypso, la magicienne que rencontre Ulysse, est certes maîtresse sur son île, mais elle est condamnée à la solitude sans espoir. Elle tente de retenir Ulysse, en vain, il se languit de repartir vers Ithaque. Ulysse est un héros, c’est à dire que c’est à lui que les dieux accordent de quitter l’île. La femme n’est donc pas libre, pas autant que l’homme. Qu’elle soit humaine ou déesse. Le cas des bacchantes( prêtresses de Dionysos Bacchus) que l’on voit peintes sur des cratères est intéressant. Car elles s'adonnent au plaisir de la chair et à l’ivresse. Elles sont frappées de folie comme en témoignent leurs têtes penchées en arrière. La folie est le lot pour celles qui oseraient goûter à des plaisirs auxquels elles n’auraient pas le droit. On notera aussi que les Amazones se battent (elles n’ont pas besoin d’hommes pour cela) mais elles sont barbares.
Le cas des déesses est à part, car Athéna a été enfantée par Zeus sans l’aide d’une femme. Ce n’est pas un cas isolé, car Ouranos l’avait déjà fait. On enlève donc à la femme sa singularité ; à savoir la possibilité d’engendrer et de donner la vie. L’homme se retrouve donc en situation d’autosuffisance, il n’a besoin que de lui-même pour perpétuer son espèce. la femme ne compte même plus. Non seulement, elle ne participe plus au processus de reproduction, mais elle aggrave la situation. Pandore est rendue coupable d’avoir libérée tous les maux sur Terre à cause de sa curiosité. Parce qu’elle n’a pas pu respecter les interdictions, l’humanité est condamnée. Par certains points, les déesses ne sont guère mieux considérées que les mortelles. Mis à part Héra (et Athéna qui a donné son nom à la ville principale), les déesses sont souvent des faire-valoir de leur époux. Ils sont les héros du film tandis qu’elles ne sont que les seconds rôles.
Ainsi, la femme grecque est soit docile et complètement soumise à son époux ; ce qui représente la normalité. Soit elle transgresse de gré ou de force ces règles ; auquel cas, elle devient folle, contre nature, meurtrière ou maudite. La femme n’est pas représentée comme belle, car la beauté physique (peu dissociable de la beauté morale) est l’apanage des hommes. Elle n’est pas brave ou courageuse car lorsqu’elle fait preuve de force de caractère comme Briséis ou de malice comme Pénélope, cela rentre dans la normalité des devoirs qu’elle doit à son époux. Pire encore, lorsqu’elle fait preuve de plus de talent que les dieux, elle se retrouve maudite et punie comme Arachnée ou Méduse. La femme grecque est donc à part de la société. Elle est à la fois décriée, vilipendée, conspuée, adorée, crainte, source de passion et de folie. Elle représente le meilleur comme le pire car elle est l’excès et la démesure. Ce qu’on ne connaît pas engendre la peur et le fantasme. La femme grecque, c’est un peu tout ça en même temps.
Je publie mes textes dans le seul but de ma propre capitalisation de connaissances. En aucun cas, je n'affirme qu'il s'agit de vérité absolue dans le but de servir de bases à quelques devoirs d'histoire.
5.7.23
En quoi la femme grecque est un être marginale ?
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