13.7.23

Interrogatoires des Templiers en 1307

Introduction
Pour comprendre le procès de l’ordre du Temple, il faut dresser le contexte dans lequel il s’est déroulé. En 1302, le Pape Boniface VIII déclare, lors de la bulle Unam Sanctam, la suprématie de l’église sur n’importe qui d’autre, que ce soit un être vivant ou bien un organe de pouvoir comme la couronne de France. Boniface VIII affirme que le pouvoir (le glaive) doit résider entre les mains de l’église et entre les mains des serviteurs de l’église ; ce qui fait de la couronne de France la servante de l’église. Philippe le Bel, à lors roi de France, estime que son pouvoir à lui est temporel, donc n’a pas à se soumettre au pouvoir spirituel de l’église. C’est le début d’une querelle entre les deux hommes et par extension le début d’un bras de fer entre la couronne de France et la papauté.
L’idée d’assigner en justice l’ordre du Temple n’est pas une nouveauté dans l’esprit de Philippe le Bel mais les vraies raisons ne sont pas encore précises à ce stade. L’hypothèse la plus probable selon A. DEMURGER serait que spolier les Templiers reviendrait à attaquer la mémoire de feu Boniface VIII. Il ne s’agit donc pas encore d’unifier les ordres religieux guerriers ou bien confisquer les actifs du Temple. Mais en 1305, C’est un certain Esquieu de Floyran, prieur de Montfaucon, qui donne à Philippe le Bel l’occasion d’attaquer frontalement les Templiers. Esquieu de Floyran partageait sa cellule avec un chevalier Templier banni par son ordre. Ce dernier lui révéla des informations concernant les pratiques hérétiques pratiquées par l’ordre. De Floryan, voyant là une excellente occasion de gagner de l’argent ou sa remise en liberté, essaie de vendre (sans succès) ces informations à Jacques II, roi d’Aragon. Mais c’est Guillaume de Nogaret, conseiller du roi Philippe le Bel qui saura en tirer profit en transformant ces rumeurs acquises au fond d’une cellule, en chefs d’accusation pour un procès qui prendra rapidement une dimension sans précédente. Pourtant, ces rumeurs arrivent aux oreilles de Jacques de Molay, le grand maitre de l’ordre. Ce dernier demande le soutient et une enquête au Pape Clément V dès août 1307 (on rappelle que Boniface VIII est mort en 1303, remplacé ensuite par Benoît IX pendant neuf mois puis à sa mort, Clément V devient le nouveau dirigeant pontife). Mais le plan, mis au point secrètement, par Philippe le prend de vitesse. Aussi, le 13 septembre 1307, les baillis et les sénéchaux royaux procèdent à l’arrestation de tous les membres de l’ordre du Temple qu’ils peuvent appréhender. C’est Guillaume de Nogaret lui-même qui mène les opérations pour arrêter Jacques de Molay au cœur même de la commanderie de Paris.
A partir de ce moment, se succèderont une série d’interrogatoires, des aveux, des attaques et contrattaques, des réquisitoires et des rétractations. Chaque camp usera de toutes les armes à sa disposition telle que la propagande, l’intimidation, les menaces d’excommunications, l’opinion publique et même la convocation des états généraux.
De ce procès, il en reste des écrits et surtout le rouleau J413 qui retrace cette affaire judiciaire. Au travers de son étude, nous présenterons les accusés, les différents chefs d’accusation, les accusateurs également et les sentences prononcées. Nous verrons aussi les limites d’un tel document, de par sa nature, la façon dont il a été rédigé mais aussi dans quelles conditions. Et enfin, nous conclurons par les répercutions et l’impact de ce procès sur le royaume de France et aussi la dynastie des Capétiens.

Présentation du rouleau J 413
Description
Le rouleau J413 est actuellement conservé aux Archives Nationales de France, à Paris. Il a été récemment restauré. Il est composé de quarante-quatre parchemins de chèvre, reliées entre elles et mesurant en totalité vingt-deux mètres.



Boite de conservation du rouleau J413, années 2000, Archives nationales, publiée depuis le site ARCHIM

Selon toute vraisemblance, les animaux faisaient partie du même troupeau, ce qui rend la texture des peaux relativement uniforme ; ce qui facilité l'écriture et sa lecture.
Le texte a été rédigé en latin. L’écriture en elle-même est assez fine et concise.


Extrait de la membrane 10 du rouleau J413, années 2000, Archives nationales, publiée depuis le site ARCHIM

Spécificités

Afin d'attester de son authenticité, quatre notaires royaux (Even Phily de Saint-Nicaise, Amis d'Orléans, Geoffroy Enguelor et Jacques de Vertus) ont signé à la jointure de chaque parchemin, au niveau des ligatures.
Extrait de la membrane 26 du rouleau J413, années 2000, Archives nationales, publiée depuis le site ARCHIM


Ce rouleau n’est pas la retranscription exacte et intégrale des propos tenus à Paris lors du procès de l’ordre du Temple mais les minutes rédigées à posteriori par les officiers du roi Philippe le Bel.

Intérêt de cette source pour la question étudiée

La nature du document
On rappelle que le rouleau ne retranscrit pas les propos tenus lors des interrogatoires mais les minutes à posteriori. Ils sont écrits au fur et à mesure. Mais la difficulté d’un tel exercice est de rassembler e d’ordonner dans une suite logique toutes les informations. Malheureusement, les redites et les incohérences peuvent survenir. D’autant s’il y a plusieurs rédacteurs. Je n’ai pas connaissance du nombre de personnes qui ont œuvré dessus. Mais on sait avec certitude le nombre de personnes qui l’ont attesté comme véridique (les quatre notaires dont la signature figurent à cheval sur chaque membrane). Nous pouvons aussi nous poser la question de la façon dont ce travail a été supervisé, coordonné en fonction des remontées et rapports provenant des autres interrogatoires tenus dans d’autres villes. La notion de temporalité est aussi à prendre en compte.

Les rédacteurs
Les rédacteurs ont rédigé en latin. Ce qui est singulier car Guillaume de Nogaret lui-même faisait ses allocutions en français de telle façon à ce que tous puissent le comprendre (et aussi pour que la peur et la diabolisation de l’ordre du Temple soit plus facilement transmise. Or, le rouleau est écrit en latin. Dans un pays où la grande majorité des gens ne sait pas lire et encore moins le latin, utiliser ce mode de communication peut s’avérer intéressant si l’on veut garder le contrôle de l’information. On peut également se poser la question de la légitimité et l’impartialité des rapporteurs.

Présentation des accusés
Accusés principaux et leurs conditions
  • Jacques de Molay, 23e et dernier maître de l'ordre du Temple
Jacques de Molay ou Jacobus de Molay est née vers 1247-1249 et est mort en mars 1314, à Paris. Il fait partie de l’ordre du Temple à partir de 1265. C’est un homme de terrain qui a plusieurs fois combattu notamment en terre sainte. Il y a peu d’informations sur le fait qu’il ait eu des postes de commandement, mais le fait qu’il ait pu participer à l’élection en tant que grand maitre indique qu’il a eu des responsabilités de cette envergure. En 1292, à la suite de la mort de Thibaud Gaudin, il est élu à la tête de l’ordre en tant que 23e grand maître, en compétition avec Hugues de Pairaud. Ses principales tâches sont avant tout d’organiser les défenses des positions militaires gérées par les Templiers en orient. Ces positions sont affaiblies et difficilement défendables bien que cela soit là les principales missions de l’ordre. En octobre 1307, il est arrêté par les baillis royaux dans le cadre de ce qui allait devenir le procès de l’ordre du Temple. A partit de cette date là, il ne sera plus jamais libéré jusqu’à son exécution sur un bûcher. Durant les premiers temps de son incarcération, il avoue sa culpabilité face aux charges exposées contre lui. Mais rapidement, il se rétracte et s’enferme dans un certain mutisme ; refusant de répondre à qui que ce soit d’autre qu’au Pape lui-même ; ce qui lui sera toujours refusé.
  • Hugues de Pairaud, maître de province de l'ordre du Temple en France
Aussi appelé Hugo de Pararto, Paraut, Paravent, Payraudo, Penrado, Peraldo, Peralt, Perando, Perato, Peraudo, Peraut, Periato, Peyraud, Proalto, Bodo de Peraseo, Hugues de Pairaud est née en 1244 ou 1245. Il est noble de naissance et est fait chevalier par son oncle. Progressivement, il s’élève dans la hiérarchie de l’ordre jusqu’à diriger plusieurs commanderies de province. A la mort de Thierry Gaudin, le 22e maitre de l’ordre du Temple, il est pressenti pour la succession en compétition avec Jacques de Molay. Ce dernier remporte finalement cette élection. Il fait partie des hauts dignitaires à être arrêté sur ordre de Philippe le Bel le 13 octobre 1307. Son nom est plusieurs fois cité lors des interrogatoires d’autres membres de l’ordre ; notamment dans le cadre de chefs d’accusation comme la vénération d’idole, l’incitation à la sodomie et autres. Sous la torture, il avoue un certain nombre de choses avant de se rétracter ; ce qui sera le cas d’un certain nombre de ses comparses. Il meurt en prison en 1321, soit quatorze ans après son arrestation et sept ans après Jacques de Molay.
  • Geoffroy de Charnay, commandeur pour la baillie de Normandie
Geoffroy de Charnay est née vers 1251. Il entre au sein de l’ordre entre l’âge de seize et dix-neuf ans. Il y gravit progressivement les échelons avec des séjours longs en orient. Il fait partie des hauts dignitaires de l’ordre à être arrêté le 13 octobre 1307. Sous la contrainte, la menace ou la torture, il avoue les crimes que lui imputent les inquisiteurs. Interrogé par les cardinaux envoyés par le pape Clément V, il confirme ses aveux et obtient une absolution. Mais lorsqu’en 1311, il apprend que son jugement est la prison à perpétuité, il s’insurge. Il meurt sur le bûcher aux côtés de Jacques de Molay en 1314.

Accusés cités et leurs conditions

Après le 13 octobre 1307 et sur ordres du roi, les baillis royaux procèdent à l’arrestation de tous les membres de l’ordre qu’ils peuvent appréhender. En plus des hauts dignitaires que l’on vient de citer, on peut dénombrer près de deux cents trente-deux personnes dans toute la France. Même si les chiffres exposés ci-dessous ne sont pas complets et difficiles à compléter, on voit bien que le plan d’arrestation a été murement réfléchi et exécuté sur le plan national de façon coordonnée.



Analyse et commentaire de leurs interrogatoires

Les chefs d’accusations
Durant les premières semaines et mois qui suivent les arrestations, les interrogatoires menés par les officiers royaux sont basés sur des chefs d’accusation soigneusement choisis par les légistes du roi ; Guillaume de Nogaret en tête. Volontairement, ils font écho aux peurs les plus profondes de l’époque, c’est-à-dire l’hérésie ou la sorcellerie. L’idée est de choquer l’opinion publique afin qu’elle devienne hostile aux accusés, facilitant ainsi une propagande agressive. On rappelle que Boniface VIII, tout pape qu’il ait été, avait déjà fait les frais de ces méthodes de diabolisation.

A. DEMURGER rappelle qu’à partir de la bulle Faciens misericordiam fulminée durant l’été 1308, cette liste des chefs d’accusation se densifie et se précise. En fait, il y a deux listes en réalité. La première rassemblant quatre-vingt-six thèmes est utilisée lors des interrogatoires en France avant mars 1310 et à partir de cette date, on rajoute un certain nombre de thèmes supplémentaires pour arriver à cent vingt-sept en tout. On peut considérer qu’à partir de 1310, les Templiers interrogés par les inquisiteurs le seront sur cette base. 

L’utilisation de ces listes (la courte et la longue) peut différer selon les pays, mais globalement, on commence par utiliser la « courte » pour ensuite rajouter des éléments de la « longue ». C’est le cas en Angleterre ou Chypre.

Sur la base d’un recensement fait par A. DEMURGER, j’ai rassemblé et classé les articles traitants de sujets communs. L’idée est d’avoir une visualisation des sujets sur lesquels se sont concentrés les interrogatoires. 



La première chose qui l’on peut dire est que la notion de « secret » revient le plus fréquemment. Bien plus que les peurs hérétiques et obscènes, cette peur du mystère qui entoure l’ordre du Temple a concentré les questions et suscité le plus vif intérêt. Le « secret » peut faire peur car il renvoie à des notions inconnues donc imaginées et fantasmées. Ce qui laisse le champ libre à toutes sortes d’extrapolation.

Les accusateurs
  • Philippe le Bel, roi de France
Philippe IV est le fils de Philippe III « Le hardi » et d’Isabelle d’Aragon. Il règne sur le royaume de France composé de près de vingt millions de personnes de 1285 à sa mort en 1314. Il est le onzième souverain de la dynastie des Capétiens. Sous son règne, la France est un royaume parmi les plus puissants du monde chrétien. Il a plusieurs frères et demi-frères et sept enfants dont quatre garçons (trois d’entre eux deviendront roi de France à leur tour). C’est un homme éduqué et qui aime étudier. Il sait s’entourer de gens compétents, notamment des juristes afin de légitimer ses actions et ses décisions sans contestation possible. Il modernise donc la gouvernance de royaume, qui progressivement évolue depuis les traditions féodales vers une centralisation du pouvoir. Le procès de l’ordre du Temple est une des épisodes emblématiques de son règne (avec le scandale de la tour de Nesle). Au cours de ce bras de fer qui l’oppose aux Papes (d’abord Boniface VIII puis Clément V), Philippe le Bel est entouré par ses proches conseillers comme Guillaume de Nogaret (puis Enguerrand de Marigny) et surtout par son confesseur Guillaume Humbert (ou « de Paris »). Et si Guillaume de Nogaret conduit les arrestations, ce sera Guillaume Humbert qui sera à la manœuvre pour mener les interrogations sous les couleurs de l’inquisition.
  • Guillaume de Nogaret
Guillaume de Nogaret né en 1260 en Occitanie. Il est un juriste de formation puis après quelques postes au sein de la maison du roi, il devient conseiller et garde des sceaux de Philippe le Bel. C’est un homme qui n’hésite pas à aller sur le terrain pour le compte de son roi et va même jusqu’à proférer des accusations d’hérésie contre le Pape Boniface VIII et même organiser un attentat contre lui. C’est lui qui organise, planifie et exécute l’arrestation des membres de l’ordre du Temple. C’est un orateur brillant qui n’hésite pas à diaboliser ses adversaires dans le but de susciter la peur et la crainte dans le cœur de l’opinion publique. Habile également dans la communication, il usera aussi de campagne de propagande ponctuée de faux témoignages. Il meurt en avril 1313.
  • Enguerrand de Marigny
Enguerrand de Marigny est né en 1260 en Normandie. Il officie comme grand conseiller de Philippe le Bel qui le nomme aussi coadjuteur du royaume, l’équivalent de premier ministre en charge de l’administration. Il est en charge de mettre en œuvre les vues politiques de Philippe le Bel notamment dans sa politique de dépréciation de la monnaie ou la limitation du pouvoir féodal. La mort de Philippe le Bel en 1314 et donc le revirement des parties plus traditionnalistes le pousse vers la disgrâce, puis vers la condamnation pour détournement de fond (accusation finalement fausse) mais c’est l’accusation de sorcellerie prononcée par Charles de Valois (fils de Philippe le Bel) qui lui vaudra la pendaison au gibet de Montfaucon en 1315.

Les défenses et sentences

La gestion du procès de l’ordre du temple a été aussi un sujet de conflit entre le roi et le Pape. Chacun voulant s’approprier cette charge. Et même si le roi, par l’intermédiaire de Guillaume de Nogaret a pris l’initiative dès septembre 1307, le pape décide de contre –attaquer en fulminant la bulle  Pastoralis preeminente en demandant aux princes européens de procéder aux arrestations. Et ce pour reprendre le contrôle de la situation. On rappelle que les Templiers dépendaient de son autorité directe et non celle du roi. Le roi a délibérément outrepassé ses prérogatives en arrêtant les Templiers sans l’aval du souverain pontife. 

Si on regarde les interrogatoires de Jacques de Molay, Hugues de Pairaud et aussi Jean de Château Villard ; ces hommes ne devaient en répondre qu’à leur chef, c’est-à-dire le pape en personne. Néanmoins, la pugnacité des inquisiteurs, la menace, la torture ont eu raison de leur volonté et de leurs corps. Il est donc attendu que des aveux ont été consignés, et ce, au bout de quelques jours après leur arrestation. Même si ces aveux ont été niés plus tard, Guillaume de Nogaret les a tout de même inclus dans sa campagne de diffamation.

Il aurait fallu du temps pour que les Templiers organisent leur défense, elle finit par arriver dès 1310. Même si on souligne l’élan de fidélité des Templiers pour leur ordre et la volonté nette de la défendre (et aussi de sauver leur maître), ces derniers se heurtent à l’intelligence de Philippe de Marigny (frère de Enguerrand, premier conseiller du roi). Ce dernier exploite habilement la séparation entre les Templiers jugés à titre personnel et l’ordre du Temple jugé à titre de personne morale. Les incohérences notées à partir des deux commissions distinctes (crées lors de la bulle Faciens misericordiam) jouent en la défaveur des Templiers qui voient leurs efforts de coordonner leur défense réduits à néant.
Ce bras de fer entre le roi et le Pape est ponctué de compromis mais à la fin, Clément V semble céder sous la pression exercée par Philippe et la propagande menée par Guillaume de Nogaret. Les Templiers perdent peu à peu le soutient de leur chef.

Seulement, il a fallu pas moins de six bulles fulminées pour que Clément et le concile statuent sur le sort des Templiers. Ces bulles étalées sur près de cinq ans d’instructions (délai trop long pour Philippe) montrent sans doute une difficulté à s’adapter au terrain de la bataille politique à laquelle les Templiers n’étaient pas accoutumée.



Conclusion

Le procès de l’ordre du Temple est l’illustration d’une lutte puis d’une séparation des pouvoirs. Entre le pouvoir spirituel et celui du temporel, la séparation est consommée inéluctablement. La papauté que l’on croyait toute puissante a eu du mal à imposer et à défendre ses intérêts face à la couronne de France au  sommet de sa puissance. Au travers de ce procès, on découvre de nouvelles armes telles que la propagande, l’intimidation, l’excommunication, la subordination de témoins, l’avis du peuple. Et si Philippe le Bel initie une transition dans la façon de gouverner la France, depuis les traditions féodales vers une centralisation du pouvoir, Guillaume de Nogaret lui, expérimente avec succès ces nouvelles armes beaucoup plus dévastatrices et bien moins coûteuses. Boniface VIII et Clément V, souverains tout-puissants qu’ils étaient n’y ont guère résisté. Ce procès est aussi la pierre angulaire et le point d’inflexion entre deux époques et aussi la remise en cause de la suprématie de la religion sur le pouvoir exécutif (et ses armes comme le pouvoir législatif). On voit intervenir de nouveaux acteurs qui, jusqu’à lors, étaient relayés à des rangs bien inférieurs. Les juristes, les universitaires deviennent importants et parfois incontournables. Les banquiers, les usuriers prennent une dimension internationale avec des réseaux de communication efficaces. L’information, la coordination inter pays, la dimension européenne (et inter continentale) sont des notions à ne pas négliger. 

Philippe le Bel a cette vision de ce qui va devenir l’absolutisme, à savoir la séparation des pouvoirs entre le religieux et l’exécutif. Il le prouve dès septembre 1307 en faisant fi de l’autorité du pape et en arrêtant les Templiers qui sont les subordonnés directs du souverain pontife. Ce véritable camouflet va bien au-delà d’une simple vengeance contre Boniface VIII. Il montre clairement que le pouvoir royal veut et peut s’absoudre du pape lorsqu’il s’agit d’affaire d’état.

Philippe le prouve tout au long des cinq années que dureront la procédure. Et pas bien des occasions, Clément V cherchera le compromis plutôt que le conflit direct.

A la fin et pour précipiter la fin du concile de Vienne, Philippe le Bel ira même jusqu’à positionner son armée aux abords de Lyon ; mettant ainsi une pression supplémentaire sur le pape et ses cardinaux, scellant ainsi le destin de l’ordre du Temple.

Mais Philippe le Bel meurt en 1314. Au début, personne ne s’inquiète de la continuité du pouvoir, car après tout, la dynastie des Capétiens directs règne depuis Hugues Capet en 987 sans discontinuité et Philippe a trois fils (Louis X « le hutin », Philippe V et Charles IV) dans la force de l’âge. Mais les Capétiens s’embourbent dans une affaire d’état qui va mener à leur crépuscule. Le scandale de la tour de Nesle jette l’opprobre sur les trois brus de Philippe ; Marguerite de Bourgogne, Jeanne I re de Navarre, Blanche de Bourgogne. En effet, elles sont reconnues coupables d’adultère et la légitimité des enfants est contestée (dont Jeanne, fille de Louis et de Marguerite). Successivement, les trois fils de Philippe montent sur le trône et meurent assez rapidement. Le dernier des Capétiens directs étant Charles IV qui meurt sans postérité en 1328. La couronne passe à lors à la branche cadette de la maison, à Philippe de Valois qui commencera son règne sous le nom de Philippe VI et la dynastie des Valois.

Bibliographie

Ouvrages
  • Alain DEMURGER, Le crépuscule des templiers, Saint-Armand-Montrond (Cher), avril 2002
  • Alain DEMURGER, Le peuple templier 1307-1312, Clémency, décembre 2019
Infographies



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