Entre 1850 et 1950, le Royaume-Uni, L’Allemagne et l’Italie ont connu d’importants changements économiques, politiques et humains. Ces trois pays ont évolué en suivant des trajectoires présentant certaines similitudes intéressantes mais aussi certaines différences. Mais ce sont tous ces éléments qui les ont amenés à devenir des acteurs de première importance sur le plan européen puis mondial lors des deux conflits mondiaux. Si l’on s’intéresse aux trois villes représentatives de ces pays ; Londres, Berlin et Rome et que l’on s’interroge sur le fonction de ville capitale, peut-être devrions-nous d’abord définir ce qu’est une capitale ? On admet qu’une ville est la capitale de son pays lorsque celle-ci abrite le centre de son pouvoir politique, économique, culturel. Si Londres est la capitale du Royaume-Uni depuis plusieurs centaines d’années, Berlin ne l’est que depuis 1871 après la proclamation de l’empire allemand. Rome, de son côté n’est considérée comme telle qu’à partir de 1871 après l’unification des royaumes italiens. La problématique que je propose d’étudier est de comprendre comment ces trois grandes villes ont œuvré chacune de son côté pour devenir le centre de l’empire (puis de la nation unifiée) qu’elles représentent. Nous verrons comment le développement urbain a contribué à faire de ces villes des capitales, puis nous verrons comment le fait d’abriter le pouvoir exécutif influence la vie dans une capitale et enfin, nous verrons comment une capitale se doit d’être l’épicentre culturel et économique d’un pays. Nous prendrons comme point de vue le modèle de français et Paris.
Tout au long du XIXe siècle, les progrès de la médecine en Europe ont eu un impact direct sur l’amélioration des conditions de vie. L’introduction des vaccins contre la variole ou la tuberculose a permis d’endiguer les épidémies des maladies infectieuses et a favorisé le rallongement de l’espérance de vie. Ce qui a permis une explosion démographique. Londres était une des villes les plus peuplées d’Europe. Elle a vu, durant cette période victorienne, sa population passer d’un million à six millions de personnes. Berlin est aussi passé d’un million à quatre millions en cent ans entre 1850 et 1950 et Rome a suivi le même chemin. Cette explosion démographique a largement contribué à la révolution industrielle (très demandeuse en main d'œuvre). Mais avant cela, il a fallu repenser complètement le centre urbain pour qu’il puisse accueillir cette population en quête de travail. Ces flux migratoires depuis la campagne vers les villes sont communs à Londres, Berlin, Rome mais aussi à Paris. On avait besoin de main d'œuvre pour travailler dans les usines sidérurgiques et les manufactures de tissage. La qualification des ouvriers devenait aussi importante que la quantité d’ouvriers. De nouveaux quartiers se sont créés durant ces années-là tout autour des villes ou en aménageant d’anciens quartiers jusque-là inexploités, des zones comme les docks fluviaux (pour Londres ou Paris) se découvrent une dynamique économique et industrielle. Souvent en périphérie du centre, cette population (davantage ouvrière) a commencé à peupler ce que deviendraient plus tard les banlieues proches. Des parcs, des ponts, des tunnels ont été construits afin de faciliter la vie des gens, des écoles et des hôpitaux ont été bâties autour de quartiers résidentiels. La révolution industrielle dont les fleurons étaient les industries automobiles, la sidérurgie, la chimie (surtout en Allemagne et en Italie) a donc transformé le paysage urbain pour faire émerger de véritables pôles de production à grande échelle. Mais il a fallu aussi redessiner des grands axes routiers afin de fluidifier les transports (publics et personnels). Londres se dota donc dès 1860 des premiers tramways, Berlin en 1865 et Rome en 1877. Paris, avec les travaux du baron Haussmann, a sensiblement suivi le même chemin. Les rues boueuses se sont transformées en boulevards mieux éclairés et plus sécurisés (à contrario de Londres dont la fumée dégagée par les usines utilisant le charbon est restée baignée durant toute l’ère victorienne dans son célèbre “fog”). Des grands axes ont redessiné Paris autour de monuments architecturaux reconnaissables et symboliques. Des parcs, prisés par cette nouvelle population ouvrière mélangée avec la bourgeoisie historique, se retrouvent à cohabiter dans des quartiers limitrophes.
Mais n’oublions pas que pour être une capitale, il faut avant tout abriter le centre du pouvoir. Londres est le centre de l’empire britannique depuis des centaines d’années, mais pour Berlin, la situation est différente car les États allemands ne sont unifiés qu’à partir de 1871 pour former l’empire allemand et donner naissance à un État fédéral puissant. Avant cette unification, Berlin n’était qu’une bourgade pas si différente des autres. Mais à partir de la fin des années 1800, elle se transforme pour accueillir le centre du pouvoir exécutif sous l’impulsion du chancelier Otto von Bismarck. Durant la deuxième guerre mondiale, Hitler en fait le centre du régime nazi mais après la capitulation, elle se retrouve scindée en deux et physiquement séparée par un mur (Berlin est et ouest). Cette transition vers un régime extrémiste est aussi observable en Italie. De leurs côtés, les royaumes italiens ne se sont unifiés qu’aux alentours de 1861 sous la direction du roi Victor-Emmanuel II. Rome n’était alors qu’une ville moyenne peuplée de deux cent milles habitants. A partir du moment où Rome a accueilli le pouvoir de l’Etat unifié italien (au sein du palais des Chigi), de grands travaux de rénovation ont débuté et la population s’est enrichie de paire. Les symboles du pouvoir ont donc modelé sensiblement le paysage urbain. Friedrichstraße et Wilhelmstraße à Berlin sont donc devenus des artères incontournables tant par leurs positions stratégiques que commerciales (mais surtout politiques car de nombreuses instances gouvernementales y ont des bureaux). A Londres, l’abbaye de Westminster a abrité le parlement depuis la fin des années 1860 (après l’incendie de 1834). Dans de cas de Westminster et du palais des Chigi, on remarque que des édifices religieux privés deviennent une incarnation du pouvoir et se fondent dans le paysage urbain de façon progressive. A Paris, le palais de l’Elysée (qui est un ancien hôtel particulier) n'a accueilli le pouvoir exécutif qu’à partir de 1874. Avant cette date, on préférait le palais des tuileries et avant cela encore Versailles ou le Louvre.
Une ville capitale se doit également et surtout refléter les valeurs et le prestige de la nation qu’elle représente. Dans le cas de Paris qui organise une série d’expositions universelles durant la fin du XIXe siècle, l’affaire est aisée. Et son rayonnement était déjà acquis. Le monde entier s’est pressé pour voir la révolution industrielle à la mode française (Pascal Ory dans son livre "Les Expositions universelles de Paris", ed. Ramsay, 1982 parle de 32,3 millions de visiteurs), et la tour Eiffel a été un des fleurons de l’exposition de 1889. Mais les français n’étaient pas les seuls à vouloir rayonner culturellement et surtout économiquement sur la scène internationale. Londres a organisé sa propre exposition universelle en 1851. Mais du fait qu’elle était payante, les plus humbles des londoniens n’ont pu visiter toutes les attractions. Mais quoi qu’il en soit, l’objectif économique a été atteint, car le Royaume-Uni a clairement montré sa capacité à innover et à se montrer à la hauteur de son empire coloniale (même si celui-ci commençait à décliner). L’italie, quant à elle, a surtout œuvré à capitaliser sur son passé glorieux et antique en entamant des chantiers de rénovations des monuments antiques. Mais la particularité de Rome est qu’elle héberge en son sein le Vatican, état souverain. Rappelons qu’en 1870, lorsque les États italiens se sont unifiés, le Vatican n’a pas reconnu le nouvel État unifié. On peut donc comprendre que des tensions (politiques et aussi religieuses) ont pu subsister. Il faudra attendre 1929 (accords de Latran) pour que de vraies relations diplomatiques entre le Vatican et l’Italie soient formalisées et que chacun reconnaisse l’autre comme étant souverain et légitime.
Ainsi, en dépit des différents chemins pris par les gouvernements anglais, allemand et italien, les villes de Londres, Berlin et Rome ont parfaitement assumé leur rôle et leurs responsabilités de ville capitale en abritant le pouvoir exécutif, économique et culturel. Ces villes ont largement contribué, de par leur image de marque, leur prestige et leur rayonnement culturel à représenter les valeurs et l’influence de leurs pays. A l’instar de Paris, lorsqu’on parle de la capitale, on parle de la France. Mais on peut aussi se poser la question de savoir si ces villes ont été pensées pour devenir des capitales ou bien c’est grâce aux efforts fournis qu’elles sont devenues légitimes dans ce rôle. La position géographique leur a donné d’emblée un avantage par rapport aux autres villes, mais ce sont les chantiers d’urbanisation, d’assainissement des voies et de l’eau, de logistique et l’utilisation intelligente des voies fluviales pour dynamiser le commerce et l’approvisionnement ; tous ces chantiers combinés ou poussés par la révolution industrielle a fait émergé des capitales pourvues de millions d’habitants et prêtes aux enjeux du XXe siècle. Les deux guerres mondiales ont certes donné un autre souffle encore à la modernisation et à la (re)construction urbaine. Mais l’élan était déjà là et l’envie également.
Je publie mes textes dans le seul but de ma propre capitalisation de connaissances. En aucun cas, je n'affirme qu'il s'agit de vérité absolue dans le but de servir de bases à quelques devoirs d'histoire.
4.7.23
Londres, Berlin, Rome : villes capitales (années 1850-années 1950)
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