29.10.25

Et si les Bourguignons avaient choisi la fidélité au roi plutôt que leurs intérêts dynastiques ?

Demain, ce sera le 610e anniversaire de la bataille d'Azincourt, livrée le 25 octobre 1415. Pour comprendre cette catastrophe militaire, il nous faut d'abord examiner le contexte politique du royaume de France à cette époque.
En ce début du XVe siècle, le royaume traverse une crise profonde. Le roi Charles VI, surnommé "le Fol" en raison de ses accès de folie qui le rendent incapable de gouverner pendant de longues périodes, ne peut assurer la direction du pays. Cette situation crée un vide du pouvoir dont vont profiter les grands princes du royaume. Deux factions rivales s'affrontent alors violemment : les Armagnacs, fidèles au dauphin et à la couronne, et les Bourguignons, menés par Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Cette guerre civile larvée affaiblit considérablement le royaume face à l'ennemi héréditaire anglais.
Les ducs de Bourgogne, rappelons le, sont issus d'une branche cadette de la dynastie royale. Ils contrôlent un immense territoire incluant non seulement le duché de Bourgogne, mais aussi la Flandre et d'autres riches provinces. Leur puissance économique et militaire rivalise avec celle du roi lui-même. Jean sans Peur n'hésite pas à défier l'autorité royale, allant jusqu'à faire assassiner Louis d'Orléans, le propre frère du roi, en 1407. Cette rivalité entre Armagnacs et Bourguignons plonge la France dans une véritable guerre civile, au moment même où Henri V d'Angleterre prépare son débarquement en Normandie pour faire valoir ses prétentions au trône de France.
C'est dans ce contexte désastreux que se déroule la bataille d'Azincourt. Henri V, qui a débarqué en août 1415 avec environ 12 000 hommes, assiège et prend Harfleur. Épuisé, il tente de regagner Calais, possession anglaise, lorsqu'il se trouve confronté à l'ost française, trois fois plus nombreuse, dans les champs boueux d'Azincourt. La bataille tourne au désastre : les chevaliers français, alourdis par leurs armures, s'embourbent sous les flèches des archers anglais. La fleur de la noblesse française est décimée : on dénombre entre 6 000 et 10 000 morts français contre seulement quelques centaines d'Anglais.
Or, c'est la problématique que je propose, les Bourguignons sont remarquablement absents de cette bataille. Jean sans Peur, officiellement vassal du roi de France, n'envoie aucun contingent significatif pour affronter l'envahisseur anglais. Cette abstention n'est pas le fruit du hasard : elle traduit la volonté délibérée du duc de Bourgogne de laisser ses adversaires Armagnacs se faire massacrer par les Anglais.
J'avance maintenant une hypothèse : et si les Bourguignons avaient choisi la fidélité au roi plutôt que leurs intérêts dynastiques ? Imaginons que Jean sans Peur ait mobilisé les milliers de combattants aguerris dont il disposait dans ses riches territoires flamands et bourguignons. L'armée française aurait alors bénéficié non seulement de renforts numériques considérables, mais surtout d'une coordination militaire qui lui fit cruellement défaut à Azincourt. Les troupes bourguignonnes, réputées pour leur discipline et l'efficacité de leurs archers et artilleurs flamands, auraient pu contrebalancer la supériorité tactique anglaise. Une intervention précoce de Jean sans Peur aurait peut-être empêché Henri V de quitter Harfleur, ou du moins aurait permis d'intercepter l'armée anglaise dans de meilleures conditions stratégiques.
Les conséquences d'Azincourt furent dramatiques pour la France. Sur le plan militaire immédiat, le royaume perd l'essentiel de sa noblesse combattante, créant un vide dans le commandement militaire pour les années suivantes. Politiquement, la défaite accélère la désintégration du royaume : profitant du chaos, Jean sans Peur renforce son emprise sur Paris et sur le roi dément. En 1420, le traité de Troyes, imposé à un Charles VI manipulé par les Bourguignons, déshérite le dauphin Charles au profit d'Henri V d'Angleterre, qui épouse Catherine de Valois, fille du roi. La France se retrouve ainsi divisée entre un royaume anglo-bourguignon au nord et les territoires fidèles au dauphin au sud de la Loire. Il faudra attendre l'intervention providentielle de Jeanne d'Arc en 1429 pour inverser le cours de la guerre.
Pour moi qui suis pourtant fan hardcore des Ducs de Bourgogne, Azincourt illustre comment les divisions internes d'un royaume peuvent conduire à sa quasi-disparition. La trahison "passive" des Bourguignons, dictée par leurs ambitions personnelles, priva la France d'une chance réelle de repousser l'invasion anglaise et précipita le royaume dans ses heures les plus sombres mais tellement passionnantes.

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